DÉMOCRATIE SUR INTERDICTION: L’ART DE MUSELER SANS GOUVERNER
Encore une fois, le Kamerun vient d’inventer une façon subtile d’éteindre la lumière tout en prétendant qu’il fait jour. La Convention nationale du MRC, prévue ce 29 novembre 2025, vient d’être interdite pour « risque de troubles à l’ordre public ». Une vieille chanson. Comme avec l’UPC hier, comme ce sera avec d’autres demain. Mais jusqu’à quand tolérerons-nous ce théâtre où ceux qui dénoncent deviennent les perturbateurs, et ceux qui abusent deviennent les garants de la stabilité ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Quand l’ordre public devient un prétexte d’ordre politique
L’argument est désormais automatique : « risque de troubles à l’ordre public ». Il n’y a pas besoin d’enquête, de menace concrète, encore moins de débat. Il suffit qu’un individu – comme dans ce cas, le Dr Okala Ebodé, jadis cofondateur du MRC – hausse la voix pour que l’État sorte le tampon interdiction.
Ce fut la même rengaine avec l’UPC, sabotée systématiquement à chaque congrès par un Augustin Frédéric Kodock ou ses successeurs.
Ce n’est pas de l’administration : c’est de la désactivation démocratique.
L’État a peur ? Mais alors, où sont ses forces de sécurité ?
Interdire un congrès par peur de trouble, c’est dire que l’État est incapable d’assurer la sécurité d’un événement politique. Mais alors, à quoi servent la gendarmerie, la police, l’intelligence territoriale ? Si on interdit un rassemblement parce qu’un individu menace de crier, c’est la peur qui gouverne, pas la République.
Un mécanisme rôdé pour étouffer tout ce qui bouge
Ce qui arrive au MRC n’est ni surprenant ni isolé. C’est un mode opératoire.
Un parti prend un peu trop d’élan ? On trouve un fondateur oublié ou un ancien camarade frustré pour lui barrer la route.
On active un préfet, on déclenche une note du ministre de l’Administration territoriale, on laisse traîner une rumeur de déstabilisation.
Et hop, rideau.
La démocratie transformée en pièce de théâtre mal jouée — avec toujours le même scénario.
Le silence est contagieux, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à entendre
Chaque interdiction tolérée est une jurisprudence contre la liberté.
Aujourd’hui le MRC. Hier l’UPC. Demain ? Peut-être un mouvement citoyen, une ONG, un média, un syndicat.
« Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice partout» disait Martin Luther King Jr.
Le problème n’est pas que la convention du MRC ait été interdite. Le vrai danger, c’est l’indifférence des autres organisations, qui croient encore que leur tour ne viendra jamais.
Et pourtant, ce n’est qu’une question de calendrier.
En attendant méditons ce poème du Pasteur Martin NIEMÖLLER, DACHAU
« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.
Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »
