BUDGET HORS DÉLAI, VOTE SANS DÉBAT
Le gouvernement de mon pays vient de déposer son projet de loi de finances pour 2026… à peine une semaine avant la clôture de la session budgétaire. Une fois encore, la légalité est piétinée, le bon sens ignoré et le Parlement réduit à une salle d’enregistrement. Peut-on vraiment parler de démocratie budgétaire quand tout est déjà décidé, ficelé… et imposé ?
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
L’horloge constitutionnelle en panne
La Loi n°2018/012 du 11 juillet 2018 est pourtant claire : le projet de budget doit être déposé quinze jours avant l’ouverture de la session budgétaire.
C’est donc au plus tard le 19 octobre 2025 que le gouvernement aurait dû transmettre son projet de budget pour 2026. Mais nous sommes le 26 novembre, soit 33 jours après l’ouverture plus tard et 7 jours avant la clôture de la session.
Ce n’est plus un retard. C’est un mépris du Parlement. Une gifle législative. Un sabotage organisé du débat démocratique.
Budget XXL, délai XS
Le projet de budget s’élève à 8 816 milliards de FCFA.
Un chiffre colossal, presque indécent, déposé à la dernière minute comme une composition d’élève tricheur.
Les députés et les sénateurs auront-ils le temps matériel de lire, comprendre, questionner, amender ce document aussi complexe que stratégique ? Poser la question, c’est déjà y répondre.
Mais à quoi bon discuter, puisque la majorité obèse du parti au pouvoir sait déjà quoi faire : voter sans lire.
Le parlement ou le club de validation automatique ?
On les appelle « Honorables », mais à quoi sert ce titre quand on se contente de lever la main et d »applaudir ?
Pas de débat. Pas de rejet. Pas d’indignation.
La session budgétaire, censée être l’acte suprême de contrôle démocratique, est devenue une formalité. Un théâtre où le scénario est connu, les acteurs dociles, et les spectateurs impuissants.
Députés, pas décoratifs
Un député n’est pas une plante verte.
Il a pour mission de représenter le peuple, de défendre l’intérêt général, de contrôler l’action du gouvernement.
Mais quand il reçoit un budget monstre 7 jours avant la clôture de la session, il ne peut que cautionner une imposture, ou se taire comme un complice.
L’absence de débat sur les priorités, les chiffres, les choix budgétaires est une trahison de la démocratie.
Chronique d’une démocratie fragile
“Une Assemblée qui ne débat pas est une chambre froide de la République.”
Ce n’est pas une opposition radicale qui le dit, mais un simple citoyen qui espère encore que la loi, au Kameroun, puisse un jour s’appliquer d’abord à ceux qui la font.
Tant que le budget sera déposé comme un devoir en retard, voté comme une consigne, et appliqué sans redevabilité, l’État ne sera jamais au service du peuple, mais d’un clan.
Il est temps de rappeler que le respect des délais légaux n’est pas un luxe administratif, mais une exigence démocratique.
Le budget du Kamerun n’est pas une lettre au Père Noël. C’est l’acte politique majeur de chaque année. Et il mérite mieux que ça.
