EGLISE CATHOLIQUE : AU NOM DU PÈRE, DU FILS… ET DU POUVOIR ?
De l’UPC des années 50 à aujourd’hui, la posture politique de l’Église catholique au Kamerun reste sujette à controverse. Tour à tour complice, silencieuse ou marginalement rebelle, elle semble souvent préférer les sacristies du pouvoir aux chemins escarpés de la contestation évangélique. Mais quelques voix courageuses ont osé rompre l’omerta.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE(1)
L’UPC face aux mitres : le choc de 1955
Le 10 avril 1955, en pleine montée indépendantiste, cinq vicaires apostoliques publient une « Lettre commune » accusant l’UPC de violence et de dérive communiste. Le message est clair : l’Église se range du côté de l’ordre colonial.
Moumié et Um Nyobè répliquent immédiatement : l’Église a trahi son rôle spirituel pour devenir un bras idéologique du pouvoir. Le fossé est creusé entre le clergé officiel et la lutte populaire.
Ndongmo, Zoa, Tumi, Yaouda, Kleda, Lado : les voix qui ont dérangé
Malgré la ligne majoritaire, quelques figures se sont dressées :
- Mgr Ndongmo dénonça la répression de l’UPC, fut emprisonné.
- Mgr Zoa osa évoquer le train de la mort.
- Le Cardinal Christian Tumi, infatigable défenseur des libertés, n’a cessé de réclamer un dialogue franc et une alternance politique.
- Mgr Yaouda, évêque de Yagoua, a régulièrement pris position contre l’injustice sociale, au risque de froisser le régime.
- Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala, a critiqué les dérives électorales, la mauvaise gouvernance et exigé la vérité des urnes.
- Et plus récemment, le père Ludovic Lado a résumé la gêne générale :
« Une Église qui n’est pas persécutée sous une dictature est une Église compromise. »
Ces voix, bien que minoritaires, ont rappelé le vrai rôle de l’Église : être la conscience du peuple, pas l’écho du pouvoir.
Quand la JEC osa dénoncer la compromission
Dans les années 80, la Jeunesse Étudiante Chrétienne (JEC), présidée par Joseph-Achille Mbembe, mène une campagne frontale :
« Reconstruisons notre Église en solidarité avec les pauvres et les opprimés. »
Leur analyse est sans appel : l’Église catholique est en collusion avec le pouvoir.
Résultat ? Suspension de la JEC, interdiction de son journal Au Large.
L’Église, au lieu d’écouter sa jeunesse, choisit de la faire taire.
Sacristie d’État : bénir sans jamais déranger
L’histoire a montré que, trop souvent, l’Église catholique a choisi la prudence. Processions officielles, bénédictions protocolaires, silence complice… Peu d’évêques ont osé perturber l’ordre établi.
Come quoi, mieux vaut un évêque invité à la présidence qu’un prophète jeté en prison ,
L’Évangile au service de l’ordre ?
Pourquoi ce silence général ? La peur ? Le confort ? L’illusion d’influence ?
Pendant que le peuple souffre, l’Église semble hésiter entre son rôle de guide spirituel… et celui de garant moral d’un système injuste.
« Le Christ a marché avec les pauvres, pas avec les gouverneurs romains », rappelle un prêtre dans l’ombre.
« Le Christ a chassé les marchands du temple. L’Église d’aujourd’hui leur déroule le tapis rouge »
Dans un pays en mal d’alternance, où la parole libre est rare, l’Église devrait être un phare. Une Église qui choisit le confort à la vérité trahit l’Évangile. Au Kamerun, l’histoire retiendra moins les bénédictions présidentielles que les silences complices face à la souffrance. Le peuple lui reprochera simplement… de ne pas l’avoir accompagné.
Mais tant qu’il existera des Kleda, Yaouda ou Lado, la flamme prophétique ne sera pas totalement éteinte.
Et si un jour l’Église décidait de parler vraiment, elle ne sauverait pas seulement des âmes, mais peut-être… un pays.
(1) Ancien dirigeant de Mouvement d’Action Chretienne
