Le Kamerun a tout pour réussir. Mais il ne réussit rien. Ce pays riche de tout sauf de volonté politique continue de s’enfoncer dans la médiocrité organisée. En cause : un pouvoir qui ne gouverne plus, une opposition qui ne s’oppose plus, et un peuple qui n’espère plus. Le pays des grandes ambitions est devenu la patrie des grands renoncements.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
- Un potentiel extraordinaire… piétiné
Il y a de quoi s’émerveiller devant la richesse du Kamerun : des forêts denses, un sous-sol gorgé de minerais, des terres fertiles, une diversité culturelle unique, une jeunesse brillante, une diaspora prospère. Le pays a offert au monde des figures emblématiques comme Félix Roland Moumié, Ernest Ouandié ou encore Ruben Um Nyobè — des héros morts pour la liberté, cités dans les manuels d’histoire.
Mais cette terre d’espoir est devenue une fabrique de désillusion. Malgré ses atouts, le Kamerun stagne, s’endette, mendie, et étouffe dans ses propres contradictions. « Un pays riche peuplé de pauvres », disait déjà Mongo Beti.
- Gouverner sans ambition, opposer sans conviction
Après avoir réussi à ostraciser L’UPC, le mouvement nationaliste, le pouvoir, usé, semble guidé par une seule obsession : durer. On ne réforme pas, on ne développe pas, on gère la survie d’un régime en décomposition. Les scandales de détournement, les marchés publics opaques, les nominations claniques, les services publics délabrés sont devenus la norme.
Et face à ce naufrage, une opposition qui déçoit. Une opposition qui collabore à demi-mot, qui utiliser le chauvinisme ethnique pour se faire voir, qui critique en public et pactise en coulisse. Elle promet le changement mais attend les miettes. Comme disait Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Celle de l’opposition Kamerunaise semble avoir choisi la trahison.
- Un peuple résigné, anesthésié
Autrefois debout, revendicatif, le peuple kamerunais semble aujourd’hui frappé d’une étrange paralysie. Les frustrations s’accumulent, mais la peur et le fatalisme l’emportent. Le peuple s’est habitué à voter sans espoir ou ne pas voter du tout, à souffrir sans crier, à regarder ses droits bafoués sans réagir. La jeunesse ne rêve que de s’en aller loin de ce pays.
Le plus grand succès du système en place est peut-être d’avoir réussi à désactiver la colère. « On ne gouverne bien que des peuples qui ont cessé de croire en eux-mêmes », pourrait-on dire.
- Et pourtant… rien n’est figé
Le Kamerun peut encore se relever. Il peut écrire une autre page de son histoire. Mais cela exige une rupture. Il faut en finir avec la complaisance, l’hypocrisie, la passivité. Il faut une transition politique réelle, inclusive, qui redonne au peuple le pouvoir de choisir et de rêver.
Car si l’on continue à s’accommoder de l’insoutenable, alors le pays court à sa perte.
Le Kamerun n’a pas besoin d’un miracle. Il a besoin de courage, de vérité, et de volonté politique. Il est temps d’arrêter de survivre. Il est temps de vivre. Et comme l’a si bien dit Thomas Sankara : « L’esclave qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. »
Alors, Kamerunais, que choisis-tu : survivre ou te libérer ?
