LES ÉLECTIONS 2025 – 2026 A L’ÉPREUVE DES TEXTES CONFLITOGENES
Alors que le Kamerun se prépare pour les élections régionales, législatives et municipales prévues entre décembre 2025 et février 2026, le problème d’emprunt de parti politique refait surface comme une menace sérieuse contre l’unité, la démocratie et la stabilité des institutions. Ce dispositif légal, conflictogène par essence, oppose partis politiques et candidats et/ou élus, et soulève des questions urgentes sur la cohérence de notre cadre juridique. Une bombe légale qui, loin de garantir la stabilité, nourrit l’incompatibilité idéologique et prépare des crises post-électorales majeures.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Un mandat au service du parti, pas du peuple ?
Le mandat impératif oblige l’élu à rester sous l’autorité du parti qui l’a investi, au risque d’être destitué. En obligeant Les candidats à être investis par les partis politiques ou à réunir 300 signatures des élus, le législateurs a entériné un mécanisme en contradiction flagrante avec l’esprit de la Constitution de 1996 dont la déclaration universelle des droits de l’homme fait partie intégrante. Une légalité qui nie la liberté
Or, l’article 15 de la Constitution garantit à tout député ou conseiller une liberté de vote. D’un côté donc, la liberté constitutionnelle ; de l’autre, une loyauté imposée. Comme le soulignait un constitutionnaliste : « Un élu sous contrainte cesse d’être un représentant du peuple, pour devenir le commis d’un appareil politique. »
Des conflits déjà en gestation
L’actualité récente en est une parfaite illustration : Maurice Kamto avec le Manidem après le rejet de la candidature ; Akere Muna en désaccord avec l’Univers, le parti qui l’a soutenu ; ou encore Ateki désavoué publiquement par Le PAL…
L’affaire FDC – Hiram Iyodi : un cas d’école.
Le plus emblématique de ces cas récents est celui du FDC et de Hiram Iyodi. Le parti, qui avait investi ce dernier comme candidat, a brutalement rompu le deal, lui reprochant de ne pas avoir officiellement annoncé son ralliement à un autre parti. En clair, une alliance stratégique devait automatiquement déboucher sur un alignement idéologique. Problème : Iyodi, qui revendique son indépendance, refuse de se faire le chantre du RDPC, PARTI au pouvoir. Résultat : exclusion, désaveu, discorde.
Des alliances contre nature
Ces mésententes révèlent un autre mal plus profond : l’incompatibilité idéologique entre certains candidats et les partis qui les investissent. Dans une logique de « rattrapage électoral », plusieurs partis misent sur des figures indépendantes ou populaires, sans s’assurer de leur adhésion réelle à la ligne du parti. Mais une fois engagés , ces candidats deviennent des sources de tension : « On ne peut pas monter à l’arbre avec un singe et vouloir descendre avec un serpent », disait un analyste politique.
Une loi contre-productive qui alimente les conflits
Le mandat impératif, censé assurer la discipline politique, devient en réalité un outil d’intimidation et de blocage. Il empêche la libre expression des candidats et élus et infantilise le débat
« Gouverner, c’est prévoir », dit l’adage. Alors pourquoi conserver une loi qui produit les germes de la crise parfois même avant le scrutin ? Le professeur Joseph Owona l’a rappelé un jour : « Il n’y a pas de démocratie forte sans partis politiques forts, mais il n’y a pas non plus de partis forts sans citoyens libres. »
Vers une refonte nécessaire
À l’approche des scrutins de 2025-2026, le Kamerun ne peut plus se permettre d’ignorer les signaux d’alarme. La révision de la loi électorale, et en particulier la possibilité moins contraignante des candidats indépendants des partis politiques s’impose comme un impératif de survie démocratique. Le citoyen ne doit plus être l’otage des appareils partisans.
À l’heure où le pays entre dans un nouveau cycle électoral, Il faut clarifier les règles d’investiture, Autrement, nous continuerons à construire notre démocratie sur des clous rouillés, en espérant qu’aucune roue ne crève.
À force de faire primer les partis sur les personnes, on court le risque d’étouffer l’initiative individuelle, l’innovation politique et, plus grave encore, la confiance du peuple en ses institutions. Il est temps de sortir de cette logique de soumission pour bâtir une république d’engagement, de responsabilité et de liberté
