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CNIC : GRÈVES EN SÉRIE, SALAIRES IMPAYÉS ET APPEL AU BOURREAU

Alors que les caravanes électorales sillonnent les routes du Kamerun avec chants, drapeaux et promesses, une autre musique résonne au Chantier Naval et Industriel du Cameroun (CNIC) : celle des cris d’ouvriers abandonnés. En grève, ils réclament 18 mois d’arriérés de salaires. Cette répétition des crises sociales dans cette entreprise publique révèle un échec d’État et une dangereuse dérive paternaliste dans l’imaginaire des travailleurs qui lancent un appel poignant au président-candidat. Une interpellation révélatrice d’une société qui ne sait plus à qui adresser ses douleurs.

Déjà en 2023, les employés réclamaient le paiement de 1,2 milliard de francs CFA de salaires impayés et exigeaient également le règlement d’une enveloppe de 800 millions de francs CFA d’arriérés de dettes pour le personnel à la retraite. Depuis plus d’un an, ces ouvriers du CNIC vivent sans rémunération. Ils ont repris le chemin de la grève – la énième en une décennie – cette fois en pleine effervescence politique.

La situation n’est pas nouvelle. En juin 2023, la même entreprise avait été paralysée par une grève majeure, violemment réprimée par la police. Le ton était déjà à l’imploration : les travailleurs demandaient au président Paul Biya de les « sauver ». Dix ans plus tôt, en 2013, des grèves éclataient après des sanctions contre des meneurs syndicaux. Un cycle sans fin pour ce géant industriel, fleuron annoncé de l’économie bleue, qui ne tient debout que par la résilience de ses ouvriers. Résilience ? Le mot est faible. Cela frise désormais le masochisme.
Ce qui frappe en cette année électorale, c’est moins la répétition que l’adresse. Au lieu de pointer du doigt les gestionnaires défaillants ou de mettre en cause le gouvernement, les employés invoquent encore le chef de l’État. Celui-là même qui est aux affaires depuis 43 ans et dont les collaborateurs ont mené le chantier à la ruine. Oui ! c’est bien sous son magistère que le CNIC a coulé.

Pourquoi croire qu’un bourreau devenu mythe fondateur de la douleur populaire sera aussi son sauveur ? Ce recours ultime au chef de l’État, malgré le désastre économique, social et moral qu’il incarne dans cette affaire est celui de la servitude intériorisée, où l’on supplie celui qui a contribué à votre perte. Et cela porte bien un nom : le syndrome de Stockholm.

La grève du CNIC n’est pas qu’une revendication sociale. C’est le reflet d’une nation malade, où l’État patrimonial a vidé toute structure de sa fonction. La vraie question n’est plus « où est l’État ? », mais « que reste-t-il de la République quand les citoyens ne savent plus à quelle institution se plaindre ? »
En appelant encore Paul Biya à leur secours, les ouvriers du CNIC ne cherchent pas la justice, ils cherchent un miracle. Mais une République ne peut reposer sur les miracles d’un homme providentiel. Elle repose sur des institutions qui fonctionnent. Hélas, au CNIC comme ailleurs, le silence du pouvoir témoigne que l’État n’est plus qu’une façade, et que ses ouvriers sont abandonnés.
Comme le disait Aimé Césaire : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. » Que les travailleurs du CNIC se souviennent donc de qui les a trahis – et qu’ils ne se trompent plus de porte.

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