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LA REVANCHE N’EST PAS UNE RÉPUBLIQUE

L’histoire politique du Kamerun Dans le camp aujoulatiste est une roue : elle tourne lentement, mais elle tourne sûrement. Les rôles de bourreaux et de victimes s’échangent sans prévenir, et les rires d’hier deviennent les larmes de demain. Pourtant, dans cette spirale de vengeance douce et d’indifférence complice, personne ne gagne vraiment.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

Depuis le départ volontaire – ou diplomatiquement orchestré – de Bello Bouba Maigari et d’Issa Tchiroma Bakari du gouvernement, un vent nouveau souffle, un parfum de chasse aux sorcières traverse le septentrion. Mais pas celui qu’on attendait. C’est plutôt un courant d’exclusion, un zèle brutal dans le nettoyage politique, où les barons déchus du RDPC, naguère arrogants et omnipotents, sont désormais les cibles d’un zèle nouveau, celui de la revanche. Ils sont traqués comme si leur appartenance au parti les rendait soudainement illégitimes.

Surprenant ? Pas tant que ça. Ce qui l’est davantage, c’est l’attitude du reste du pays. Face à ces scènes, certains jubilent, d’autres détournent le regard. « Bien fait pour eux », lâche-t-on avec froideur, ceux qui furent hier victimes de ces mêmes pratiques, comme si la vengeance pouvait se substituer à la justice. Comme si notre douleur passée pouvait justifier notre silence complice du présent.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici de morale naïve. Il s’agit de lucidité politique. Car le Kamerun, malgré toutes ses fractures, reste un seul pays. Le poison de l’intolérance politique, qu’il soit administré dans le Centre, l’Ouest ou le Grand-Nord, finit toujours par contaminer tout le corps national. Et ceux qui applaudissent aujourd’hui seront peut-être les cibles de demain.
Le problème n’est pas qu’on remplace les visages. Le problème, c’est qu’on garde les méthodes. Et si nous ne sommes pas vigilants, nous passerons notre temps à alterner bourreaux et victimes… sans jamais changer de système.

Si les anciens caciques du système récoltent aujourd’hui les fruits amers de leur passé, devons-nous pour autant normaliser l’injustice quand elle change de camp ? Devons-nous applaudir le cycle de la vengeance politique au lieu de réclamer un État de droit pour tous ?

À force de danser sur les ruines des autres, à force de justifier les injustices par le passé des victimes, on finit par s’habituer à la cendre et par construire un pays où personne ne mérite plus la justice. Et dans ce Kamerun-là, ce ne sont pas les partis qui meurent, mais la République elle-même.

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