Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Recalé par ELECAM, écarté par le Conseil constitutionnel, Maurice Kamto n’est pas dans la course à la présidentielle. Officiellement. Pourtant, dans les débats, les médias, les coulisses et surtout dans les têtes, il est partout. Plus absent que jamais, mais plus présent que tous. Un paradoxe bien Kamerunais.
On nous l’a dit, répété, martelé : Maurice Kamto n’est pas candidat. Il n’est pas sur la liste des 12. Il ne fera pas campagne. Il ne sollicitera pas vos voix. Bref, circulez, il n’y a rien à voter. Et pourtant…
On l’attaque sur les plateaux télé. On le démonte à la radio. On le dissèque sur Facebook. Il est dans toutes les bouches, parfois même plus que ceux qui sont censés vouloir diriger le pays. Étrange, non ? Comme si le vrai candidat à battre… était celui qui n’a même pas le droit de concourir.
C’est à croire qu’on a peur d’un fantôme. D’un homme qui, sans affiche, sans meeting, sans spot publicitaire, continue d’occuper l’espace politique avec une facilité presque inquiétante. Pendant que les autres candidats peinent à sortir de l’anonymat, Kamto, lui, impose son absence comme une présence.
On lui reproche d’exister. De trop parler. Ou de ne pas parler assez. D’être au centre du débat alors qu’il n’est même pas invité. En fait, il agace parce qu’il dérange sans bouger. Il irrite parce qu’il attire sans forcer. Et ça, au pays du contrôle absolu, c’est un crime presque inexpiable.
Alors, pendant que les 12 « officiels » cherchent leur voix (au sens propre comme au figuré), l’ombre de Kamto plane. Et plus ils le combattent, plus ils le confirment comme l’opposant principal. Même en dehors du jeu.
Car au Kamerun, on peut tout contester, sauf la capacité du système à fabriquer des héros, et même à en faire des martyrs malgré lui…
