Une fois de plus, la scène politique Kamerunaise nous offre un épisode aux relents troubles, où le droit se confond à l’arbitraire et où la répression prend souvent le pas sur la démocratie. L’arrestation de Aboubacar Ousmane Mey, survenue dans le département de la Bénoué, intervient dans un contexte hautement sensible : celui de la campagne présidentielle. Officiellement, il aurait voulu organiser une manifestation non autorisée. Officieusement, on lui reprocherait davantage ses propos incendiaires
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Un climat politique sous tension
Alors que les meetings électoraux battent leur plein, la liberté d’expression et de mouvement, garanties par la Constitution, semblent appliquées à géométrie variable. Les arrestations arbitraires d’acteurs politiques et la surveillance accrue des figures de l’opposition deviennent monnaie courante. Mais l’affaire Aboubacar Ousmane Mey se distingue : il ne s’agit pas ici d’un opposant classique, mais d’un lieutenant politique, enraciné dans le septentrion et influent dans son bastion.
Sa sortie sur Équinoxe Télévision, où il annonçait « la fin proche du régime », n’est pas passée inaperçue. Mais dans un État qui se prétend démocratique, la parole politique, aussi virulente soit-elle, ne devrait pas être criminalisée. Sinon, à quoi sert une campagne électorale si elle ne peut accueillir le choc des idées et des projets ?
Le silence assourdissant de Bello Bouba
L’autre énigme de cette affaire, c’est la discrétion — voire l’embarras — de Bello Bouba. À peine quelques murmures, aucun communiqué officiel, pas de point presse indigné, alors même que l’un de ses collaborateurs les plus en vue est mis hors-jeu à un moment stratégique. Que faut-il comprendre ? Est-ce une stratégie d’évitement pour ne pas froisser le pouvoir ? Une forme de lâchage politique sous pression ? Ou pire, le signe que l’arrestation d’Aboubacar n’est que le premier maillon d’un processus de neutralisation plus vaste ?
Une interpellation à multiples lectures
Si l’objectif de cette interpellation est d’intimider ou de tester la résistance de certaines candidatures du septentrion, alors elle soulève de graves inquiétudes quant à la sincérité du processus électoral en cours. Si, à l’inverse, elle est une réaction excessive à des propos de campagne, elle révèle une frilosité du régime face à la parole libre, même musclée.
En tout état de cause, le Kamerun ne peut pas construire une démocratie stable si chaque mot un peu fort devient une incitation à la prison.
Prudence : la campagne n’est pas un champ de mines
Alors que les tensions montent et que les passions s’échauffent, la responsabilité des autorités est plus que jamais engagée. Les forces de l’ordre ne doivent pas être instrumentalisées à des fins politiques. Et les candidats doivent veiller à ne pas sacrifier leurs hommes sur l’autel du calcul électoral.
Car l’arrestation d’un homme en campagne, c’est toujours une mise à l’épreuve de la démocratie. Et parfois, une étincelle qui met le feu aux poudres. Restons vigilants.
