NGANDO PIKETT, LA PASSION SANS BOUSSOLE
Henry Mouyebe, alias Ngando Pikett, a encore lancé un appel de détresse, cette fois depuis le Maroc. À 73 ans revolus, le supporter emblématique des Lions Indomptables replonge dans une aventure qui interroge : passion sincère ou imprévoyance chronique ? Entre foi proclamée, annonces triomphales et quêtes publiques de secours, son cas pose une question plus large sur la responsabilité individuelle, l’image du pays et les limites de la solidarité.
Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE
La répétition d’un scénario connu
L’histoire semble se rejouer à l’identique. Après la CAN 2024 en Côte d’Ivoire — CAN 2023 reportée — Ngando Pikett avait marqué les esprits par un périple épique, traversant routes et fleuves pour rallier Abidjan. L’élimination des Lions avait laissé place à l’imprévu : sans moyens pour rentrer, il s’était tourné vers la générosité publique.
Les images et messages de détresse avaient fait le tour des réseaux, suscitant malaise et indignation. « Je n’ai pas les moyens de rentrer », implorait-il alors. Le Kamerun, disait-on, y avait perdu en dignité. Finalement, une entreprise privée avait permis le retour.
Le pardon, puis l’oubli
De retour au pays, la scène avait frappé : Ngando Pikett, à genoux, entouré de ses enfants, demandant pardon. Il affirmait avoir changé, avoir « donné sa vie à Dieu ». Beaucoup avaient voulu croire à une prise de conscience.
Un an plus tard, pourtant, le même appel ressurgit. Destination différente, discours semblable. Cette fois, le Maroc. Après avoir annoncé avec emphase son arrivée « grâce au ministre Mouelle Kombi », il explique ne plus avoir de moyens et supplie « les âmes de bonne volonté » de contribuer à l’achat des billets retour pour lui et son équipe.
La passion ne dispense pas de prudence
Personne ne conteste l’amour de Ngando Pikett pour les Lions Indomptables. Sa ferveur est authentique, presque sacrificielle. Mais la passion ne peut justifier l’improvisation permanente. À 74 ans dans quelques mois, peut-on se lancer dans des expéditions internationales sans garanties minimales ?
Encourager son équipe ne doit pas devenir une charge pour la collectivité . Car derrière l’émotion, il y a une réalité : chaque appel public à l’aide expose le pays à la moquerie et fatigue une solidarité déjà éprouvée.
Solidarité ou complaisance ?
La générosité est une valeur africaine. Mais elle a ses limites. Aider l’imprévu est une chose ; financer l’impréparation répétée en est une autre. À force de « remettre ça », le geste solidaire risque de se transformer en prime à l’irresponsabilité.
Les autorités, les mécènes et le public doivent clarifier les règles : soutenir les supporters, oui ; cautionner des aventures sans plan, non.
Aimer, d’accord ! Mais avec lucidité
Ngando Pikett n’est ni un criminel ni un imposteur : il est le miroir d’une passion mal encadrée. Son cas nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : aimer son pays et son équipe exige aussi de la lucidité. La foi, l’enthousiasme et la notoriété ne remplacent ni un budget, ni un billet retour. À 74 ans comme à 20, la vraie victoire, c’est de savoir jusqu’où ne pas aller.
