Pendant que le pouvoir observe, amusé ou soulagé, une véritable guerre cybernétique fait rage entre militants supposés du MRC et partisans du FSNC. Au cœur de l’orage : Maurice Kamto, qui annonce aller aux législatives, et Issa Tchiroma Bakary, qui appelle à ne pas y participer. Une divergence présentée comme une trahison historique. Mais l’indignation est-elle vraiment fondée ? Et surtout, à qui profite ce vacarme organisé ?
Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE
Une bataille numérique plus qu’idéologique
Insultes, montages, captures tronquées, procès d’intention : les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une confrontation violente entre deux camps pourtant censés partager un socle commun — l’opposition au régime de Yaoundé.
D’un côté, des militants se réclamant du MRC dénoncent un « double discours » et une « incohérence stratégique ». De l’autre, des soutiens du FSNC accusent Kamto d’opportunisme politique.
Pourtant, cette guerre n’est ni idéologique ni nouvelle. Elle est émotionnelle, instrumentalisée, et surtout déconnectée des faits.
Retour sur une amnésie sélective
Les faits sont pourtant têtus.
En 2018, Maurice Kamto est candidat à l’élection présidentielle. Issa Tchiroma Bakary, lui, soutient Paul Biya.
En 2020, Kamto boycotte le double scrutin législatif et municipal, dénonçant un processus verrouillé. Tchiroma y participe, et son parti obtient des élus.
À l’époque, ces divergences majeures n’avaient pas déclenché une telle hystérie numérique. Pourquoi alors, en 2026, cette différence de posture devient-elle une ligne rouge infranchissable ?
Comme le résume un observateur politique :
« Ce n’est pas la divergence qui choque aujourd’hui, c’est l’émotion qu’on a décidé d’y greffer. »
Des stratégies différentes, un même terrain miné
Kamto choisit aujourd’hui l’option de la participation institutionnelle. Tchiroma prône la non-participation. Les deux stratégies sont légitimes dans un système politique verrouillé où chaque pas est un pari risqué.
L’erreur consiste à croire qu’il existe une seule voie sacrée vers l’alternance. L’histoire politique Kamerunaise — comme ailleurs — montre le contraire.
« Boycotter n’est pas fuir, participer n’est pas trahir », rappelle un ancien parlementaire.
À qui profite le chaos ?
La question centrale est là. Simple. Brutale.
À qui profite cette guerre ?
Certainement pas à l’opposition.
Encore moins au Peuple Kamerunais.
Elle profite au système en place, qui voit ses adversaires se déchirer, se discréditer et se fatiguer mutuellement. Elle profite aux entrepreneurs de haine numérique, aux influenceurs de la discorde, aux stratèges invisibles qui savent qu’un opposant occupé à combattre un autre opposant n’attaque plus le pouvoir.
Remettre la politique à l’endroit
La politique n’est pas une religion. Elle n’exige ni dogme unique ni obéissance aveugle.
Transformer chaque divergence tactique en guerre morale, c’est infantiliser le débat et affaiblir la cause.
Le vrai combat n’est pas Kamto contre Tchiroma, ni le MRC contre le FSNC.
Le vrai combat est celui de la cohérence collective, de la lucidité stratégique et du respect de la pluralité des chemins vers le changement.
À force de se battre entre eux, certains opposants risquent de découvrir trop tard qu’ils ont offert au pouvoir sa plus belle victoire : une opposition divisée, bruyante… et inoffensive.
