QUAND LA RIGUEUR S’IMPOSE… DEUX EXEMPLES À SUIVRE
La crise post-électorale de la présidentielle 2025 est enracinée dans l’arrogance d’administrateurs zélés et d’un système qui oublie la priorité citoyenne : la paix sociale. Dans ce tumulte, deux personnalités — le sous‑préfet de Bafoussam 1er, Daouda Ousmanou, et le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi — ont tenu un discours mesuré qui mérite d’être retenu. Car le Kamerun ne peut se permettre une autre crise.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
L’autorité apaisante de terrain
À Bafoussam 1er, face à la tension latente, le sous‑préfet Daouda Ousmanou a choisi deux lignes simples : « la liberté de commerce » et « on ne vous force pas d’ouvrir vos boutiques. » Il n’a ni intimidé, ni menacé : il a communiqué. En ce temps de villes mortes et d’hésitations, ce genre d’autorité modérée devient rare. Son attitude mérite d’être saluée parce qu’elle respecte le principe fondamental : un agent de l’État ne gouverne pas par la contrainte première, mais par l’équilibre civique.
Un discours ministériel hors du cadre habituel
Sur RFI, le 6 novembre 2025, le ministre René Emmanuel Sadi a livré des messages à contre‑courant de l’attitude habituelle :
- « Le RDPC a régressé par rapport à l’élection présidentielle de 2018, ce qui est une interpellation. »
- « Je n’ai aucune information sur le lieu où se trouve Issa Tchiroma. »
- « Il n’est pas exclu qu’il soit interpellé, mais aucun mandat d’arrêt ne le vise. »
- « L’apaisement doit prévaloir. »
- « Il y a eu plusieurs dizaines de morts… je ne saurais confirmer le chiffre de 48 morts… les enquêtes sont en cours. » [1]
Ce discours nuance, reconnaît la souffrance, et appelle à la responsabilité collective : ce n’est pas une manœuvre de com’, mais un engagement public à la vérité.
Pourquoi leurs postures comptent ?
Dans un contexte où l’administration locale confond souvent l’État et son camp, et où les ministres rivalisent de slogans pour masquer des gouvernances affaiblies, ces deux figures marquent un contraste. Elles rappellent que la vérité des urnes et la paix sociale ne sont pas des options : ce sont des urgences. Il ne s’agit plus uniquement d’organiser une élection , mais d’édifier un pacte national avec ceux qui gouvernent.
Le Kamerun est aujourd’hui à un carrefour : soit il continue de compter ses morts comme on compte ses voix, soit il change de méthode. Les discours d’arrogance et les silences complices ne produisent que colère et chaos. Comme l’a rappelé Sadi : « Nous avons tous intérêt à faire en sorte que notre pays connaisse la paix et la stabilité. »
Voici donc deux leçons importantes : l’autorité ne s’impose plus par la crainte, et le discours ne suffit plus sans constance dans l’action. La crise électorale n’a pas besoin de nouveaux arbitres, mais d’une vraie refondation de confiance.
