2025 : LE VOTE CONTRE L’HÉRITAGE DU COLON, POUR UNE TRANSITION MAITRISEE
Le scrutin présidentiel d’octobre 2025 marque un tournant historique. Il n’a pas seulement été un acte citoyen. Il a été un acte de rupture. Pour la première fois, le peuple Kamerunais a voté, non pour espérer, mais pour s’affranchir. Il a dit non au système hérité de la colonisation française, entretenu par une élite locale accrochée au pouvoir. Mais il a aussi dit oui à une sortie progressive de ce système, en choisissant un profil de transition : un aujoulatiste repenti. Observation en attendant la proclamation par le Conseil Constitutionnel
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Le Mouvement nationaliste Kamerunais, dans ses revendications fondatrices, articulait son combat autour de trois piliers : la réunification d’abord , l’indépendance ensuite , et l’élévation du niveau de vie enfin. Trois combats brutalement court-circuités. Ce rêve de dignité a été trahi dès le départ. En lieu et place d’une liberté réelle, la France coloniale a imposé une indépendance nominale et de façade le 1er janvier 1960, suivie d’une réunification formelle et tronquée le 1er octobre 1961, dévoyée dès 1972 avec la suppression de la fédération,
Depuis, le pouvoir s’est transmis non pas selon les règles du mérite ou du suffrage véritable, mais dans une logique dynastique et clanique. Les grandes écoles républicaines – ENAM, EMIA, IRIC – sont devenues des couloirs de reproduction sociale pour les rejetons du sérail. Les noms se répètent. Les privilèges aussi..
Pendant ce temps, les Kamerunais ordinaires, une masse à manipuler tous les sept ans, et qui croulent sous la précarité, l’injustice et le mépris a décidé d’émettre un électrochoc attendu, voulu, assumé.
Comme le disait Ruben Um Nyobè : « On ne libère pas un peuple en lui demandant d’être patient. On le libère en rompant avec l’ordre établi. » L’électeur d’octobre 2025 s’est montré plus stratège que jamais. Il ne s’est pas laissé emporter par la colère ou la vengeance. Il a choisi une sortie encadrée du système. Il a préféré un ancien du sérail, certes, mais qui a fait sa mue. Un « aujoulatiste » converti à la cause populaire, capable d’ouvrir la voie à une vraie refondation sans effondrement.
Comme le disait Mongo Beti : « Il ne s’agit pas de brûler le pays, mais de reconstruire ce qu’ils ont corrompu. » Le peuple a voté pour une rupture avec méthode. Une révolution lucide.
Le message est clair : Ce que le peuple a exprimé, c’est un non massif à la continuité des marionnettes du colon. Un rejet clair des « aujoulatistes » modernes, ces agents locaux du néocolonialisme. Les Kamerunais ne veulent plus être dirigés, ils veulent se diriger. Finie la résignation. Finie la confiscation. Le système s’écroule, mais sans chaos. La transition s’annonce. Même si ce n’est pas cette fois-ci, elle sera populaire, maîtrisée et, surtout, irréversible. Ceux qui rêvaient d’éternité devraient commencer à faire leurs adieux. Le message est simple: plus jamais sans nous. Et gare à ceux qui voudraient encore jouer avec la volonté populaire. Le réveil est en marche.
