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VOTE ET VIOLENCE

À mesure que les résultats de la présidentielle tardent à être proclamés, la tension monte dans plusieurs villes du Kamerun. Entre annonces parallèles, menaces voilées, soupçons de fraude sur les procès-verbaux et clameur populaire suivie de répression musclée, le climat s’alourdit dangereusement. Une tension prévisible dans un système où l’absence de consensus électoral continue de nourrir la méfiance.

Des tensions prévisibles

Le lendemain du scrutin présidentiel a donné lieu à une flambée de tensions sans précédent. Le territoire national est devenu une véritable poudrière électorale : voilà le théâtre dans lequel s’active le Kamerun à la veille du verdict officiel. Entre cris d’opposition et certitudes du pouvoir, la tension explose… et le sol tremble.
Une fois encore, une même constante se dégage : la suspicion généralisée de falsification des procès-verbaux.

À Douala, dans le 5ᵉ arrondissement, des échauffourées ont éclaté à la suite d’une incompréhension. Un homme, ayant aperçu des urnes et des enveloppes, aurait cru à une opération de bourrage d’urnes et alerté aussitôt les moto-taximen. Une foule de contestataires a alors pris d’assaut l’antenne communale d’Elecam.

À Kousseri, c’est le président du Tribunal de grande instance lui-même qui a été pris à partie par une foule en colère, l’accusant d’avoir manipulé un procès-verbal. Devant l’insistance populaire, il aurait reconnu des « erreurs » — un aveu lourd de conséquences.

À Bafoussam, des manifestants se sont dirigés vers le palais de justice pour contester la régularité du processus. Les forces de maintien de l’ordre sont intervenues sans ménagement pour disperser la foule.
Mais c’est à Dschang que la situation a atteint un niveau de chaos inédit : l’affrontement entre manifestants et forces de l’ordre s’est soldé par l’incendie du siège du RDPC et du palais de justice — deux symboles du pouvoir.

Quant à Garoua, déjà sous haute tension le soir même de l’élection, elle a replongé dans l’agitation avec des manifestations sporadiques dès le 15 octobre au matin.

Résultats non proclamés, mais déjà proclamés

L’opposition promet de rester dans la légalité, mais diffuse, au gré de ses compilations internes, ses propres tendances.
Le pouvoir, en réaction, brandit la menace légale contre ceux qui s’aventurent à anticiper les résultats, tout en affirmant sans détour que le candidat du RDPC a remporté l’élection.

Cette dualité de discours plonge l’opinion dans un flou stratégique entretenu à dessein.
Sur le terrain, la clameur enfle : des scènes de liesse dans certaines villes contrastent avec les visages fermés d’autres localités. Et, comme à chaque élection, les nerfs sont à vif, les dérapages guettent, la répression n’est jamais loin.

Cette situation, pourtant, n’étonne plus. Elle est presque devenue un rituel électoral kamerunais : confusion, soupçons et montée de tension, en attendant que le Conseil constitutionnel — souvent perçu comme juge et partie — tranche.

Le pays tangue sur une ligne rouge.
Quand la justice perd sa neutralité perçue et que le processus électoral est soupçonné de manipulation, la rue devient le dernier recours.
La violence n’est jamais justifiable, mais elle révèle un mal profond.

Le nécessaire consensus comme solution

Il ne suffit plus de gérer les crises après coup. Le vrai chantier reste à venir : un consensus sur les règles du jeu est la seule garantie d’un avenir électoral apaisé.
La transition tant évoquée ne pourra faire l’impasse sur une réforme en profondeur du code électoral.
Sans confiance dans le processus, il n’y aura jamais de paix durable autour des résultats — et chaque élection deviendra une guerre ouverte.

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