VOTEZ, PENDANT QU’ILS RIGOLENT
Pendant que les électeurs comptent leurs espoirs en jours, les puissants, eux, comptent en parts de marché, nominations et bénéfices collatéraux. Le peuple est appelé aux urnes demain, et les urnes… sont déjà pleines de promesses recyclées, de slogans fanés et de t-shirts imprimés à la hâte.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Les urnes pleines… de promesses
Au Kamerun, la démocratie est une mise en scène où l’on fait croire au peuple qu’il joue un rôle, alors qu’il n’a même pas été invité à la répétition générale. Chaque élection devient un carnaval où « le pauvre danse, le riche applaudit, et le voleur passe au guichet. »
Le cirque électoral est de retour
Tous les cinq, sept ou quand ça arrange, on déroule le tapis rouge de la “grande messe électorale” : discours copiés-collés, meetings sans âme, appels à la paix brandis comme des menaces voilées.
Des candidats à peine descendus de berlines climatisées découvrent soudainement l’état des routes qu’ils n’ont jamais réparées. D’autres, surgissant de nulle part, promettent monts et merveilles, sans avoir jamais escaladé un trottoir.
D’autres nous expliquent que tout va bien pendant que même les hôpitaux manquent de pansements.
Et quand nous pointons du doigt ces défaillances, ils ont toujours cette même rengaine : “Même aux États-Unis, il y a des problèmes.” Comme si le mal ailleurs devait justifier le chaos ici.
L’espoir contre l’amnésie
Dans cette cacophonie, le peuple, épuisé mais tenace, semble encore croire. Il espère, parfois contre toute logique, que cette fois sera la bonne. Pourtant, ceux qui ont tout perdu semblent aussi avoir perdu la mémoire.
Tendez l’oreille : « On attend le chef », disent-ils. Mais lequel ? Celui qui vous doit 18 mois de salaire ou celui qui vous promet l’émergence depuis 2009 ?
Et pendant qu’ils attendent, d’autres rigolent. Parce qu’ici, “on peut voler un milliard sans procès, mais critiquer un ministre vous mène en prison.”
La lucidité comme acte de résistance
Alors, voter ou pas doit être en conscience. Pas pour perpétuer le système, mais pour perturber son confort. Pas pour remercier ceux qui vous affament, mais pour rappeler que le bulletin de vote est une arme, pas un chiffon.
“Si voter changeait vraiment quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit.” Cette phrase de Coluche n’a jamais été aussi actuelle.
Reprendre le pouvoir de penser
Et demain, 12 octobre 2025, plus qu’un choix de bulletins, c’est un choix de lucidité. Refuser d’applaudir après avoir été giflé. Refuser de rire à une comédie dont on est le dindon. Refuser, surtout, de se laisser voler une seconde fois : non plus son repas… mais son intelligence.
Cette année encore, les candidats se bousculent pour nous dire que notre avenir les préoccupe. . Mais le summum du théâtre, c’est ce peuple qui, après avoir été privé de tout, réclame encore qu’on le prive de lucidité.
Ici, on vole l’argent public, on brade les entreprises, on matraque les grévistes, mais le vrai crime, c’est de mal voter. Ou pire : de ne pas applaudir après avoir été giflé.
Et nous, chroniqueur de la présidentielle 2025, avons bouclé la campagne à notre façon.
Mais comme on dit ici : « On vote. Eux vivent. »
