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Urbanisation

LA RÉPUBLIQUE DES INNOCENTS

À Bamenda, Issa Tchiroma, ancien ministre de la Communication et figure emblématique du régime, a surpris tout le monde. Il a demandé pardon. Pour ses propos passés. Pour ses dénis. Pour ses prises de position aujourd’hui décriées. Mais surtout, il affirme n’avoir été qu’un simple exécutant, un fonctionnaire obéissant aux ordres venus d’en haut . Est-ce le début d’un grand déballage ? Une confession sincère ou un repositionnement stratégique dans une fin de règne qui s’écrit à voix basse ?

On croyait avoir tout entendu. Pourtant, c’est dans un moment inattendu, à Bamenda, qu’Issa Tchiroma a franchi un pas. L’ancien porte-voix du régime, celui qui, pendant des années, a nié l’évidence de la crise anglophone, justifié l’injustifiable, et défendu avec une énergie infatigable toutes les décisions du pouvoir, a changé de ton. Devant des populations qu’il avait autrefois accusées d’exagération ou de manipulation étrangère, il a dit : « Pardonnez-moi. Je ne faisais qu’obéir aux ordres. »

Dans un autre contexte, on aurait applaudi le courage de la repentance. Mais ici, au Kamerun, cela sonne comme une mise en scène mal jouée, un acte tardif d’un théâtre politique qui s’essouffle.

Le zèle a changé de camp

En évoquant le Premier ministre comme donneur d’ordres, Tchiroma renvoie à un système où la parole individuelle n’existe pas, où la conscience est dissoute dans la hiérarchie, où l’exécutant est dédouané par le seul fait d’avoir obéi. Le problème, c’est que l’histoire ne l’absout pas si facilement. Car les archives existent. Les vidéos circulent. Les blessures sont encore ouvertes. Et les morts, eux, ne peuvent pas témoigner.

À ceux qui l’ont vu sur les plateaux défendre l’indéfendable, sa volte-face ne passe pas inaperçue. Elle alimente les soupçons, relance les débats sur la responsabilité, et met à nu l’incapacité chronique de notre élite à assumer ses actes une fois hors des cercles du pouvoir.

Le syndrome du “ce n’était pas moi”

On le sent venir. Ce pays entre doucement dans une ère de confessions calculées. Chacun, tour à tour, viendra laver son honneur, rejetant la faute sur l’échelon supérieur. Le chef de service dira que c’était le directeur. Le directeur pointera le ministre. Le ministre évoquera le Premier qui montrera le Predident. Et celui-là, immanquablement, désignera Paris ou le FMI.

Mais si tout le monde était victime, qui étaient donc les bourreaux ?

Ce glissement vers l’innocence généralisée est dangereux. Il nie la mémoire collective. Il insulte les résistants. Et il entretient l’idée perverse selon laquelle la loyauté vaut plus que l’éthique, que l’obéissance excuse tout, même le silence face à l’injustice.

Une mémoire sans pardon

Un jour viendra où les archives parleront plus fort que les mémoires sélectives. Et ce jour-là, les citoyens demanderont non pas des excuses en campagne, mais des comptes devant l’Histoire. D’ici là, les confessions tardives continueront de fleurir. Et les zélateurs d’hier tenteront de se faire passer pour des héros de demain.

Mais la mémoire du peuple, elle, ne se manipule pas.
« Dans les républiques fatiguées, les responsables deviennent amnésiques et les coupables toujours plus hauts placés. »

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