MESSANGA NYAMDING, LE VOYANT DE LA RÉPUBLIQUE
Souvent caricaturé, moqué ou marginalisé, Charlemagne Messanga Nyamding s’est pourtant imposé, à travers ses analyses décapantes, comme l’un des rares à avoir anticipé la crise politique post-présidentielle de 2025. Fin de l’idéologie, coup d’État scientifique, technopole politique… et mise en garde contre les « flocons » du RDPC qui veulent salir Paul Biya pour mieux le remplacer. La réalité lui donne aujourd’hui une inquiétante raison.
Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Quand la politique devient une ingénierie du pouvoir
Depuis plusieurs années, Nyamding affirmait que « la politique ne se construit plus sur l’idéologie ». Il annonçait la mort des partis et la montée d’un système de contrôle stratégique du pouvoir, qu’il appelait technopole. Dans ce schéma, le RDPC, vidé de substance, ne subsistait que par l’image de Paul Biya.
C’est cette logique qui s’est appliquée à Maurice Kamto, puis à Issa Tchiroma. Évincé par les institutions, le premier a cédé la place au second, adoubé non pas par la base mais par le système. Une transition de marionnettes, pilotée par ceux que Nyamding appelait les technocrates de l’ombre.
Et si celui qu’on appelait le « Maître bavard » était en fait le plus lucide d’entre nous ? Charlemagne Messanga Nyamding n’a pas seulement décrit le désastre ; il l’a prédit avec une précision clinique. À l’heure où la vérité se noie entre deepfakes, fausses félicitations et postures politiciennes, une chose reste claire : le Kamerun a besoin de moins de courtisans et de plus de voix qui dérangent.
Le coup d’État scientifique est une réalité
Pas de chars dans la rue. Pas de putsch. Juste un enchaînement froid de procédures opaques, de manipulations numériques, de montages diplomatiques, d’instrumentalisation des institutions. Ce coup d’État ne se dit pas, il s’exécute avec méthode, comme un algorithme. Le peuple regarde, les morts s’accumulent, les décisions tombent. Nyamding en avait parlé comme d’une science de la dépossession démocratique.
Les « flocons » du RDPC : des héritiers pressés
Autre alerte passée inaperçue : le Pr Nyamding avait prévenu que le RDPC abrite en son sein des « flocons », ces apparatchiks sans colonne vertébrale, qui sabordent la légitimité du Président Biya pour mieux se positionner. Ce sont eux qui, en coulisse, accélèrent la décrédibilisation du processus électoral. Non pour le réformer, mais pour mieux se servir de la crise comme tremplin personnel. Le chaos n’est plus un accident, il devient une stratégie de conquête.
Le professeur Messanga Nyamding n’est pas parfait. Mais dans un pays où tout le monde prétend être stratège après la bataille, il faut rendre à César ce qui est à César. Il a vu venir la tempête. Il a annoncé le divorce entre la politique et l’idéologie. Il a dévoilé l’ombre d’un pouvoir qui avance masqué, encadré par des techniciens plus puissants que les ministres. Les journalistes du desk politique feraient bien de sortir leurs cahiers et de l’écouter. Car dans cette République des experts, même le chaos semble avoir un plan.
