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QUAND LES MERCENAIRES DE L’ENCRE GRASSE PEIGNENT L’OPPOSITION

Quand Jeune Afrique, organe de propagande semi-officiel des régimes rentiers, se permet de distribuer les prix de stupidité politique, on comprend que la vérité, comme les contrats publicitaires, a un prix. Et ce n’est pas l’intelligence qui le paie.

Voilà que Jeune Afrique – la revue des flatteurs à gages – découvre que l’opposition Kamerunaise , le punching-ball préféré de Paris et Yaoundé, serait « la plus bête d’Afrique ».
Drôle d’analyse qui tombe juste après un énième encart publicitaire du palais d’Etoudi vantant l’immortalité du vieux lion. Pendant qu’on y est, pourquoi ne pas lui décerner aussi le prix de la plus inutile, la plus dispersée, la plus somnolente ? Il faut dire que quand on mange à la table du prince, on se permet tout, même de gifler les mendiants qui réclament la justice… dans la rue.

On pourrait en rire si le sujet n’était pas aussi sérieux. Il faut bien qu’on leur rappelle deux ou trois vérités sur le terrain de jeu Kamerunais.
La vérité, c’est que cette opposition, aussi maladroite soit-elle parfois, joue sur un terrain miné, sans ballon, sans arbitre, et avec des tribunes pleines de tireurs embusqués. Pendant ce temps, Paris donne les cartons jaunes… à l’équipe désarmée.
Parce qu’au Kamerun, être dans l’opposition ne signifie pas seulement proposer une autre vision. Non. C’est un métier à haut risque : interdiction de manifester, arrestations arbitraires, coups montés, procès expéditifs, surveillance permanente. Les partis n’ont pas accès aux médias publics, et les militants sont traités comme des criminels de guerre. Mais malgré cela, c’est à eux qu’on reproche de ne pas être plus « efficaces » ? Allons donc !

Que fait-on face à une dictature électorale savamment huilée, protégée par une armée de fonctionnaires zélés, de juges couchés et de communicants vendus ? Que peut-on faire quand même l’air semble contrôlé ? Que peuvent faire des opposants qui, à chaque respiration politique, doivent demander l’autorisation de vivre ? Ce qu’on oublie souvent, c’est que résister sans armes, sans liberté de ton, sans financement, sans justice équitable est déjà une victoire en soi. Et que le courage de certains leaders politiques, journalistes ou activistes au Kamerun tient plus de la foi que de la stratégie.

Et puis, soyons sérieux : si l’opposition était si bête, pourquoi la bâillonner avec tant d’acharnement ? Pourquoi emprisonner ses figures ? Pourquoi infiltrer ses rangs, saboter ses initiatives, corrompre ses relais ? Un pouvoir qui n’a peur de rien n’a pas besoin d’autant de barbelés autour de ses adversaires.

Quand les éditorialistes de salons parisiens, se permettent de donner des leçons de virilité politique,
au final, ce n’est pas l’opposition Kamerunaise qui est bête. C’est ce système cynique qui veut des opposants parfaits : silencieux, inoffensifs, et disponibles pour légitimer la farce. Bref, des figurants. Et ça, Jeune Afrique sait très bien les repérer. Ils sont souvent à la une.

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