Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE
Ils le répètent à qui veut l’entendre : « Kamto a boycotté les élections en 2020, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. » L’argument semble implacable. Sauf qu’il est un peu court. Et surtout, il a le goût amer d’un procès en sorcellerie : celui d’un homme, d’un parti, d’une idée de changement… devenue inacceptable pour un système verrouillé.
Oui, le MRC n’a pas pris part au double scrutin législatif et municipal de 2020, rejoignant ainsi, bien que de courte durée, le mouvement Stand Up For Cameroon, quelques intellectuels et une partie de la société civile. Mais faut-il vraiment y voir une preuve de légèreté ou d’irresponsabilité politique ? Ne serait-ce pas plutôt une tentative ultime d’alerter sur un jeu dont les dés sont pipés depuis des décennies ? Car entre la composition d’ELECAM, les prérogatives du MINAT, le Conseil Constitutionnel aux ordres, et une loi électorale taillée sur mesure, on comprend vite que boycotter, c’était protester. Ne pas cautionner un théâtre où le scénario était déjà écrit.

Depuis 2018, Kamto et ses alliés ont tenté la voie légale, pacifique, politique. Ils ont fait des propositions, organisé des marches, multiplié les appels à réformer le système électoral. Mais le « Kamto ne sera jamais président » entendu ici ou là n’a jamais été aussi fort. Une phrase devenue doctrine officieuse du régime.
Mais les peuples, eux, ont la mémoire longue. Et si certains pensent avoir remporté une guerre, ils oublient qu’on ne gagne jamais durablement contre une idée. Car à force de verrouiller les issues, le peuple n’aura d’autre choix que de défoncer les portes.
De bonne guerre, vraiment ? Non. De guerre lasse. Et l’histoire, elle, regarde.
