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16 JUILLET : LA FRANCE SE SOUVIENT DE SES CRIMES

16 JUILLET : LA FRANCE SE SOUVIENT DE SES CRIMES CONTRE LES JUIFS. QUAND RECONNAITRA-T-ELLE CEUX COMMIS AU KAMERUN ?

Chaque 16 juillet, la République française honore la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites commis sous le régime de Vichy. Cette reconnaissance est le fruit d’un long combat pour la vérité. Mais, de l’autre côté de la Méditerranée, une autre mémoire attend toujours d’être pleinement reconnue : celle de la guerre coloniale menée au Kamerun et de la répression qui accompagna la lutte pour l’indépendance et la réunification. Pourquoi certaines blessures trouvent-elles une place dans la mémoire officielle quand d’autres restent encore largement marginalisées ?

Une chronique de HIlaire NGOUALEU HAMEKOUE

Deux dates, deux mémoires

Le décret français du 3 février 1993 a institué le 16 juillet comme journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français. Cette date renvoie aux rafles des 16 et 17 juillet 1942, lorsque des milliers de Juifs furent arrêtés avant d’être déportés vers les camps de la mort.

Cette commémoration rappelle une évidence : une démocratie grandit lorsqu’elle accepte de regarder son passé en face.

Mais une autre date mérite d’être rappelée.

Le 15 juillet 1955, le Haut-commissaire Roland Pré promulgue au Kamerun l’arrêté appliquant le décret du 13 juillet 1955 signé par Edgar Faure. L’Union des Populations du Cameroun (UPC), ainsi que les organisations qui lui étaient liées, sont dissoutes.

Quelques semaines auparavant, les manifestations de mai 1955 avaient déjà été réprimées dans le sang. La dissolution de l’UPC ouvre une nouvelle phase du conflit entre l’administration coloniale française et les nationalistes Kamerunais, conflit qui fera encore aujourd’hui l’objet de travaux d’historiens et de débats mémoriels.

La reconnaissance n’efface pas l’histoire, elle l’assume

Pendant des décennies, la responsabilité de l’État français dans les persécutions contre les Juifs fut minimisée ou contestée.

Il a fallu la mobilisation des familles, des chercheurs, des associations et des responsables politiques pour que cette responsabilité soit progressivement reconnue.

Comme l’affirmait Jacques Chirac en 1995 : « La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. »

Reconnaître un crime historique ne consiste pas à condamner les générations présentes. C’est accepter que l’État puisse regarder son passé avec lucidité afin de construire un avenir plus juste.

Cette logique peut aussi nourrir les réflexions sur la mémoire de la période coloniale au Kamerun.

Le Kamerun doit-il revendiquer sa mémoire ?

Depuis plusieurs années, les recherches historiques sur la guerre d’indépendance au Kamerun se multiplient. Des archives sont ouvertes, des historiens français et Kamerunais documentent les violences, tandis que des voix demandent davantage de vérité sur cette période.

La question n’est pas de comparer les souffrances des peuples. Une tragédie n’efface jamais une autre.

La véritable question est celle-ci : pourquoi certaines mémoires bénéficient-elles d’une reconnaissance officielle quand d’autres attendent encore que toute la lumière soit faite ?

Si les Kamerunais souhaitent une reconnaissance plus complète des violences coloniales, cette démarche passe d’abord par un immense travail national : préserver les archives, soutenir la recherche historique, enseigner cette période aux jeunes générations, honorer toutes les victimes et parler d’une seule voix lorsque les faits sont établis.

La mémoire est un combat contre l’oubli

Les peuples qui oublient leur histoire laissent aux autres le soin de l’écrire à leur place.

La France n’a reconnu sa responsabilité dans les crimes de Vichy qu’après des décennies de mobilisation. Cette reconnaissance n’est pas née spontanément ; elle est le résultat d’une quête patiente de vérité.

Le Kamerun peut lui aussi poursuivre ce travail de mémoire, non dans un esprit de revanche, mais avec l’exigence de vérité. Car il n’existe pas de réconciliation durable sans mémoire, pas de mémoire sans vérité, et pas de vérité sans le courage d’affronter l’histoire, aussi douloureuse soit-elle.

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