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SOCIETE

LES PARTIS POLITIQUES EXISTENT-ILS ENCORE ENTRE DEUX ÉLECTIONS?

LES PARTIS POLITIQUES EXISTENT-ILS ENCORE ENTRE DEUX ÉLECTIONS?

Chaque fois qu’une élection est annoncée au Kamerun, les citoyens assistent au même spectacle. Des partis politiques jusque-là invisibles réapparaissent soudainement. Des leaders que l’on n’avait plus entendus depuis des années multiplient les conférences de presse, les promesses et les prophéties de victoire. Puis, une fois le scrutin passé, ils disparaissent à nouveau.

Le report successif des élections par le RDPC offre paradoxalement une occasion précieuse aux Kamerunais. Celle de distinguer les véritables organisations politiques des simples machines électorales. Car un parti politique ne se juge pas uniquement pendant les campagnes. Il se juge surtout lorsqu’il n’y a pas d’élection à préparer.

Une chronique de Hilaire NGOUALEU HAMEKOUE

 LE TEMPS DE LA VÉRITÉ

Les reports électoraux ont eu un effet inattendu : ils ont vidé la scène politique de nombreux figurants.

Lorsque l’élection approche, tout le monde devient démocrate, patriote et défenseur du peuple. Les déclarations fusent. Les meetings se multiplient. Les ambitions fleurissent. Mais lorsque l’horizon électoral s’éloigne, un silence révélateur s’installe.

C’est précisément dans ces moments que les citoyens doivent observer avec attention. Car la politique n’est pas un événement. C’est un travail permanent. Comme le disait le philosophe Aristote : « La politique est l’art de gérer la cité. » Or la cité existe tous les jours, pas seulement les jours de vote.

UN PARTI POLITIQUE N’EST PAS UNE CANDIDATURE

Beaucoup de formations politiques Kamerunaises semblent se résumer à une personne. Lorsque le leader parle, le parti existe. Lorsqu’il se tait, tout disparaît.  Pourtant, un parti digne de ce nom est une institution.

Il possède des organes qui fonctionnent, des réunions régulières, des mécanismes de réflexion et de prise de décision. Il forme ses militants, renouvelle ses cadres et prépare ses propositions.

La première question que le citoyen doit donc se poser est simple :  Les sièges des partis existent-ils ? Et quand ils existent, sont-ils ouverts ?  Un siège fermé pendant des mois est souvent le signe d’une organisation qui ne vit qu’au rythme des élections.

 LES INSTANCES FONCTIONNENT-ELLES ?

La deuxième question est encore plus importante. Les directions nationales se réunissent-elles ? Les bureaux politiques sont-ils ?

Les coordinations régionales travaillent-elles ? Les organisations de jeunesse et de femmes sont-elles actives ?  Une démocratie moderne ne repose pas seulement sur des leaders charismatiques. Elle repose sur des institutions solides. Comme le rappelait le général Charles de Gaulle : « Les hommes passent, les institutions demeurent. »  Lorsqu’un parti cesse de réunir ses instances entre deux élections, il cesse progressivement d’être une organisation politique pour devenir une simple structure de circonstance.

 QUE DISENT-ILS SUR LES PROBLÈMES DU PAYS ?

Le troisième critère est probablement le plus déterminant. Que disent ces partis de l’endettement du pays ?

De la vie chère ?  Du chômage des jeunes ?   De la crise éducative ?  De la gouvernance locale ? Des conflits internationaux qui influencent directement notre économie ?

Une organisation politique sérieuse ne parle pas uniquement lorsqu’elle sollicite des suffrages. Elle éclaire l’opinion publique en permanence. Le silence prolongé face aux grands enjeux nationaux est souvent le signe d’une absence de vision. Car gouverner demain suppose réfléchir aujourd’hui.

 LES CITOYENS DOIVENT DEVENIR PLUS EXIGEANTS

Pendant longtemps, les Kamerunais ont souvent évalué les partis à travers les discours de campagne.

Cette méthode a montré ses limites. L’heure est venue d’observer les actes plutôt que les slogans. De regarder le fonctionnement plutôt que les affiches. D’évaluer la constance plutôt que les promesses.

Un parti politique n’est pas un candidat qui apparaît tous les sept ans. C’est une organisation qui travaille tous les jours de l’année.

 APPRENDRE À CHOISIR AVANT LE JOUR DU VOTE

Le véritable travail de l’électeur ne commence pas dans l’isoloir. Il commence bien avant. Les reports électoraux ont créé une période d’observation exceptionnelle. Les projecteurs de la campagne sont éteints. Les micros sont rangés. Les foules ont disparu.

Il ne reste plus que l’essentiel : le travail réel.

Le citoyen avisé doit donc regarder qui agit lorsque personne ne regarde, qui réfléchit lorsque personne n’applaudit et qui construit lorsque personne ne vote. Car les vendeurs d’illusions prospèrent pendant les campagnes. Les véritables responsables, eux, travaillent même lorsque les élections sont encore loin

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